Le dernier rapport de la Cour des comptes sur l'état de la direction interministérielle du numérique (DINUM) livre un bilan désastreux. Le rapport souligne en effet que l’instabilité administrative et stratégique de la Dinum nuit à sa capacité de pilotage de la transformation numérique de l’État. La DINUM manquerait de ressources humaines qualifiées. Le service a développé une suite de logiciels qu'il appelle « la suite numérique de l’agent public », mais malgré des investissements importants, elle n'a jamais été largement adoptée par les agents de l'État. Les logiciels de la DINUM, tels que Tchap, Resana, Osmose, etc., ont un coût très élevé pour une faible valeur ajoutée.Créée en 2019, la DINUM est l’héritière de plusieurs directions interministérielles qui, depuis 2011, assurent la transformation numérique de l’action publique, au gré de rattachements politiques et administratifs très variables. La direction a, dans ce contexte déjà mouvant, changé à plusieurs reprises d’axes stratégiques, altérant la continuité des actions engagées et rendant peu lisible la stratégie de l’État. Selon la Cour des comptes, l'agence doit encore consolider sa légitimité. Le dernier rapport de la Cour des comptes est intitulé "Le pilotage de la transformation numérique de l’État par la DINUM" et tire les conclusions suivantes :
TECH.GOUV : une stratégie éclatée et arrêtée prématurément sans véritable évaluation
TECH.GOUV est une stratégie numérique adoptée en 2019 par la DINSIC (la prédécesseure de la DINUM). Elle est articulée autour de six objectifs : la simplification des démarches ; la réduction des fractures territoriales et administratives ; une meilleure attractivité des ressources humaines du numérique au sein de l’État et une simplification du quotidien des agents publics ; l’accroissement de l’autonomie et de la sécurité numérique de l’État ; l’optimisation des dépenses publiques et le développement des partenariats avec la société civile. Mais cette stratégie a très vite été abandonnée à la suite d'un changement dans l'agence.
TECH.GOUV était censé durer trois ans au départ. Mais malgré une actualisation de la stratégie en septembre 2021 qui devait la faire courir jusqu’en mai 2022, la stratégie TECH.GOUV a été de facto interrompue en janvier 2022 avec le départ du directeur interministériel. Cet arrêt soudain montre que cette stratégie n’avait fait l’objet que d’une appropriation très limitée par les agents, les ministères et les administrations partenaires. « TECH.GOUV n’a pas été évalué : à ce jour, un seul bilan intermédiaire est disponible, réalisé lors de l’actualisation de cette stratégie en septembre 2021 », indique le rapport de la Cour.
Cette stratégie se décline en deux axes et huit missions, elles-mêmes décomposées en 35 programmes. En prenant uniquement en compte les 45 indicateurs prévus dès 2019, seuls 14 étaient complètement atteints à la mi-2021. De plus, 18 objectifs devaient être soit définitivement déployés, soit lancés en 2022. La période d’intérim du directeur, qui a duré neuf mois, explique en partie les flottements sur la continuité du projet TECH.GOUV au cours de l’année 2022.
La suite numérique de l’agent public : un produit souverain peu convaincant
La DINUM est engagée dans le développement de la « suite numérique de l’agent public », conçue pour améliorer l’efficacité et la fluidité du travail quotidien des agents de l’État, quel que soit leur ministère. Mais les observations sur le terrain sont encore très loin des résultats escomptés. Les outils interministériels développés par la DINUM ont "un coût très élevé" et à peine 16 % des agents publics d’agents s’en déclarant « très satisfaits ».
Pendant la pandémie de Covid-19, la DINUM a fourni un ensemble de produits numériques interministériels regroupés sous le nom de « sac à dos numérique de l’agent public » (SNAP) financés par le plan de relance. Selon le rapport de la Cour des comptes, cette suite bureautique applicative s’appuyait sur les produits interministériels existants portés par des ministères ou la DINUM, offrant une alternative souveraine face aux solutions du marché.
Le SNAP a évolué en 2023 vers un projet de « suite numérique » unifiée, en « open source » et souveraine, qui irait au-delà des seuls logiciels d’échange (messagerie instantanée « Tchap », Audioconférence, Webconférence et Webinaire de l’État) et de communautés professionnelles en ligne (« Osmose » et « Resana »), afin de créer de nouvelles briques de messagerie, stockage et d’édition collaborative interministérielle. Dans la pratique, cette suite s'avère peu usitée.
La Cour des comptes juge plutôt bon le niveau de satisfaction de ces outils interministériel, même si le taux d’agents s’en déclarant « très satisfaits » ne dépasse jamais 16 %. Par ailleurs, les statistiques d’impact des produits interministériels, si elles font l’objet d’une communication transparente, ne sont pas encore totalement consolidées.
Un coût très élevé pour un résultat mitigé
Selon le rapport de la Cour des comptes, la suite numérique de l’agent public présente un coût important. D’une part, le coût total de déploiement était, à la fin de l’année 2023, de près de 9,3 M€ (concentré sur Tchap à 60 %). D’autre part, le coût annuel en maintenance était de 5 M€ (dont 40 % pour Tchap), sans compter les éventuels coûts des astreintes sur certains projets. Les réflexions autour des gains liés à la mutualisation des produits interministériels sont en cours.
La DINUM affirme que ce niveau de dépenses doit être relativisé. Elle estime en effet que les dépenses engagées pour des licences privées ouvrant l’accès à une suite numérique (bureautique, messagerie, échange de fichiers) s’échelonnent entre 300 et 590 euros par an et par agent. Selon le rapport de la Cour, à ce jour, la suite numérique a un coût d’un peu moins de 15 M€ pour une utilisation en moyenne par moins de 200 000 agents, soit environ 75 € par agent et par an.
Pour autant, la suite numérique de l’agent public demeure une offre peu lisible et instable, qui reste inconnue de la plupart des agents. D’après le baromètre de l’agent public de 2022, ces outils sont en effet méconnus et inutilisés par la plupart des agents publics, soit près de 70 % des agents.
Une solution souveraine peu connue
Les outils la suite numérique de l'agent public peinent à trouver un large public, qui reste concentré dans certaines administrations. C’est le cas de la messagerie instantanée Tchap. Depuis sa création en 2019, le nombre de messages échangés a connu un pic en janvier 2022 (4,8 millions), puis a décru pour s’établir autour de 3 millions de messages en décembre 2023. Ces derniers ont été envoyés...
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