T-Mobile transfère des dizaines de milliers de machines virtuelles hors de VMware. L'opérateur poursuit Broadcom pour le contraindre à maintenir le support technique pour ses licences VMware permanentesT-Mobile a intenté une action en justice contre Broadcom afin de garantir le maintien du support technique pour ses licences logicielles VMware permanentes. Le conflit a éclaté à la suite du rachat de VMware par Broadcom, qui a décidé de mettre fin aux contrats à vie au profit de modèles par abonnement beaucoup plus onéreux. Bien que T-Mobile tente activement de migrer des dizaines de milliers de machines virtuelles vers des alternatives, il juge cette transition techniquement complexe et risquée pour sa sécurité. Tesco transfère également 40 000 charges de travail de serveurs hors de VMware en raison des pratiques « abusives et déloyales » de Broadcom.
L'opérateur de téléphonie mobile T-Mobile a intenté une action en justice contre Broadcom devant la Cour suprême de l'État de New York en août 2025 pour contraindre l'entreprise à maintenir le support technique de ses licences perpétuelles VMware. Dans sa plainte, l'entreprise de télécommunications indique disposer de dizaines de milliers de machines virtuelles utilisant le logiciel VMware, réparties sur environ 303 140 cœurs de processeur.
Elle précise également qu’elle était en train de migrer hors de l’environnement VMware, mais souligne les défis techniques et le temps nécessaire à la migration de plus de 1 000 applications. L'entreprise doit gérer la délicate migration de plus de 1 000 services et application vers des alternatives à VMware.
L'origine du litige autour des licences perpétuelles de VMware
T-Mobile a affirmé avoir acheté en 2023 des licences VMware à durée illimitée, assorties de deux ans d'assistance avec une option d'achat pour une troisième année. Cependant, après le rachat de VMware par Broadcom en novembre 2023, le fabricant de semiconducteurs a cessé la vente de « licences VMware à durée illimitée » au profit d'abonnements et a commencé à regrouper les produits VMware dans quelques offres groupées plus onéreuses.
Lorsque T-Mobile a tenté de prolonger le contrat d'assistance pour une troisième année, à un prix de 5 288 398,45 dollars, Broadcom s'y est opposé, selon un document déposé par T-Mobile en août 2025. Un représentant de Broadcom aurait déclaré à T-Mobile par e-mail : « Broadcom a annoncé la fin de la commercialisation de tous ses produits à durée illimitée, ce qui inclut les renouvellements annuels pour l'assistance à durée illimitée ».
Un juge a accordé à T-Mobile une injonction lui permettant de bénéficier de services d’assistance d’octobre 2025 au 3 août 2026, au prix de 5,28 millions de dollars, assortie d'une caution de 500 000 dollars. Pour éviter les risques de sécurité et les interruptions de son réseau pendant la procédure, T-Mobile a révélé avoir proposé la somme de 20 millions de dollars en échange de deux années supplémentaires de mises à jour et de support.
Pour sa défense, Broadcom a déclaré avoir engagé des frais s'élevant à 24 millions de dollars pour fournir trois gestionnaires de compte dédiés et supporter six produits VMware pour T-Mobile. Cette affirmation est contestée par l'opérateur mobile, qui rétorque n'utiliser que trois de ces produits et n'avoir ouvert que deux dossiers d'assistance au cours de l'année. T-Mobile veut que le tribunal oblige Broadcom à respecter les accords de licence.
T-Mobile demande au tribunal de déclarer qu’il avait le droit de prolonger les services d’assistance et d’accorder toute autre mesure de redressement que le tribunal jugera nécessaire. Cette affaire est similaire à celle qui a opposé Broadcom à AT&T au sujet de la prise en charge de VMware et qui s'est soldée par un accord à l'amiable, ainsi qu'à une affaire en cours avec Tesco. Broadcom fait face à un exode depuis le rachat de VMware.
Un impact financier avec des hausses de prix jugées abusives
Broadcom a suscité beaucoup de mécontentements à la suite de la restructuration des offres de VMware, poussant de nombreux clients à changer de fournisseurs de solutions de virtualisation. Tesco, qui a généré un chiffre d'affaires d'environ 98,7 milliards de dollars au cours de son exercice fiscal 2026, a fermement rejeté plusieurs offres de Broadcom visant à maintenir l'utilisation des technologies VMware et de ses grands systèmes informatiques.
L'une de ces propositions faites par Broadcom au détaillant britannique s'élevait à environ 24 millions de dollars pour une année de services, ce qui représente une augmentation d'environ 175 % pour les services VMware et une flambée de 350 % pour les offres liées aux grands systèmes informatiques.
Tesco a qualifié ces hausses de prix de manifestement injustes et excessives, et a initialement réclamé au moins 100 millions de livres sterling (environ 133,6 millions de dollars) de dommages et intérêts à Broadcom, VMware et son revendeur Computacenter. De son côté, Broadcom a réfuté le caractère injuste de ces augmentations de tarifs et a rejeté la responsabilité des difficultés rencontrées par Tesco pour trouver des alternatives économiques.
Tesco s'est ensuite vu obligé de migrer 40 000 charges de travail de serveurs hors de l'écosystème VMware. Ce processus de transition s'accompagne de défis majeurs, notamment l'acquisition coûteuse de solutions de remplacement offrant des fonctionnalités réduites. De plus, Tesco est confronté à des problèmes de sécurité des données en raison d'incompatibilités entre ses nouveaux logiciels de virtualisation et les outils Veeam et Zerto qu'il utilise.
Le contexte global et les autres procédures judiciaires à venir
D'après les estimations des professionnels, la migration complète des charges de travail de Tesco ne devrait pas s'achever avant la fin de l'année 2027 au plus tôt, ce qui engendre des risques commerciaux et opérationnels importants pour le distributeur britannique, ainsi que des coûts permanents et des perturbations continues de son activité. L'affaire devrait être portée devant les tribunaux entre le 1er novembre 2027 et le 25 février 2028.
Cette affaire n'est pas un cas isolé. Ce litige s'inscrit dans un contexte de mécontentement généralisé parmi les clients et partenaires de VMware depuis son rachat par Broadcom. Bien que des concurrents comme Hewlett Packard Enterprise et Nutanix tentent d'attirer ces utilisateurs insatisfaits avec de nouvelles offres, Broadcom maintient sa stratégie et affiche de solides résultats financiers, particulièrement auprès des grandes entreprises.
Par ailleurs, Broadcom est également impliqué dans d'autres batailles juridiques avec de gros clients, ayant notamment conclu un accord avec AT&T et accusé Siemens de piratage de logiciels dans une affaire en cours aux États-Unis. Des groupes de défense appellent à des mesures réglementaires contre Broadcom.
Broadcom a supprimé les licences perpétuelles et les modèles de tarification mensuelle « pay-as-you-go » pour les produits VMware, et a rationalisé le portefeuille en quelques grands ensembles qui ne sont disponibles que sur abonnement avec un engagement minimum de trois ans. Ces changements ont suscité une vive inquiétude parmi les clients, en particulier en Europe, où plusieurs clients ont déclaré que cela se traduit par des coûts injustifiés.
Des clients dénoncent une hausse des prix entre 800 et 1 500 %
Broadcom a multiplié les coûts de licence de VMware par huit à quinze depuis qu'il a pris le contrôle de l'organisation. C'est ce que révèle l'Observatoire européen de la concurrence dans le cloud (European Cloud Competition Observatory - ECCO), un groupe indépendant formé par plusieurs organisations de clients et le CISPE (Cloud Infrastructure Services Providers in Europe). Le CISPE représente AWS et 36 fournisseurs de services de cloud de la région.
L'ECCO surveille le comportement des fournisseurs de logiciels accusés d'abuser de leur position de monopole. Son dernier rapport sur VMware, publié le 22 mai 2025, indique que la plupart des membres du CISPE ont été contraints de renouveler leurs accords de licence auprès de Broadcom.
« Ces accords ont souvent été signés sous forte pression, influencés par un manque d'alternatives, des résiliations abruptes de contrats et des incitations financières telles que des rabais pour des engagements à plus long terme », note le rapport. Bien que ces accords aient été signés, les clients font face à des coûts élevés et des désavantages opérationnels en raison des conditions imposées par le cadre de licence remanié de Broadcom pour VMware.
« Les membres du CISPE ont signalé à la Commission des hausses de prix allant de 800 % à 1 500 %. Les prix ont souvent été multipliés par dix », note le rapport. Lorsque les clients acceptent des contrats fixes de trois ans, Broadcom propose des remises de 30 à 50 % sur la hausse des prix. Les détenteurs de licences perpétuelles ont reçu une injonction leur ordonnant d'annuler les correctifs installés après la fin de leurs accords d'assistance.
Conclusion
Selon certains observateurs de l'industrie, le rachat de VMware par Broadcom est un désastre pour de nombreuses organisations. Cette procédure judiciaire n'est pas isolée et fait écho à des différends similaires opposant Broadcom à d'autres grandes entreprises, telles qu'AT&T qui a conclu un accord à l'amiable, ou Tesco qui est toujours en procès. Broadcom tente toutefois d'isoler l'action de T-Mobile, arguant que l'entreprise a trop tardé à agir.
Lors d'une audience en octobre 2025, un avocat de Broadcom a affirmé que l'opérateur de téléphonie représente une exception, soulignant que « des milliers et des milliers de clients ont migré avec succès vers l'abonnement » et que ces clients auraient accepté et compris que la fin de disponibilité s'applique.
Néanmoins, les détracteurs préfèrent y voir une forme de résignation en attendant la migration de leurs charges de travail. En effet, les fardeaux techniques et financiers colossaux qu'implique une action en justice contre un conglomérat de la taille de Broadcom pourraient bien être la véritable raison pour laquelle de nombreuses autres organisations, en particulier de plus petite taille, ont été dissuadées de porter l'affaire devant les tribunaux.
Le mécontentement des utilisateurs soulève des questions importantes sur la stratégie à long terme de Broadcom. En cherchant à maximiser les profits à court terme, le géant américain des semiconducteurs et du cloud pourrait compromettre la fidélité de sa clientèle et pousser les clients à explorer d'autres options. Les hausses de prix pourraient nuire à la réputation de Broadcom en tant que partenaire technologique fiable et orienté client.
Source : T-Mobile vs Broadcom (PDF)
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