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L'arrivée d'Euro-Office 1.0 attise les querelles : « La compatibilité n'est pas synonyme de souveraineté », selon des partisans de LibreOffice qui y voient une trahison des principes de l'open source

Le , par Patrick Ruiz

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L’arrivée d'Euro-Office 1.0 attise les querelles : « La compatibilité n'est pas synonyme de souveraineté », selon des partisans de LibreOffice qui y voient une trahison des principes de l'open source

La tentative de l'Europe de s'assurer une souveraineté numérique vient de se heurter de plein fouet aux différents positionnements idéologiques au sein de la communauté open source. Euro-Office 1.0, une nouvelle alternative en ligne à Microsoft 365 et Google Workspace, est désormais disponible et suscite une vive réaction de la part des partisans de LibreOffice, qui estiment que le fait qu'elle repose sur les formats de documents Microsoft va à l'encontre de l'objectif même du projet. Ce conflit met en évidence une fracture plus profonde au sein du monde open source : les logiciels européens doivent-ils privilégier la compatibilité pratique ou la pureté idéologique ?

Euro-Office 1.0 est désormais disponible, mais les célébrations sont en demi-teinte. Cette nouvelle suite bureautique basée sur le cloud, conçue pour rivaliser en Europe avec Microsoft 365 et Google Workspace, fait déjà l'objet de vives critiques de la part de la communauté open source qu'elle était censée rassembler. Au cœur de la controverse : la décision d'Euro-Office de privilégier la compatibilité avec les formats de documents propriétaires de Microsoft plutôt que les normes ouvertes telles que l'ODF (Open Document Format).

Faut-il privilégier des parcours de migration fluides pour les organisations actuellement prisonnières des écosystèmes Microsoft, ou adopter une ligne plus ferme en faveur de normes véritablement ouvertes, même si cela entraîne des frictions à court terme ? C’est le débat que mettent les partisans de LibreOffice sur la table

Ces critiques reflètent un clivage fondamental quant à la définition même de l'indépendance numérique européenne. Faut-il privilégier des parcours de migration fluides pour les organisations actuellement prisonnières des écosystèmes Microsoft, ou adopter une ligne plus ferme en faveur de normes véritablement ouvertes, même si cela entraîne des frictions à court terme ?

L'équipe d'Euro-Office a fait le choix délibéré du pragmatisme. En s'assurant que leur suite peut ouvrir, modifier et enregistrer sans problème des fichiers aux formats .docx, .xlsx et .pptx de Microsoft, ils tentent de réduire les obstacles qui empêchent les agences gouvernementales et les entreprises européennes de se détourner de Redmond. C'est la même stratégie qui a aidé LibreOffice à s'imposer dans certaines organisations du secteur public européen – mais LibreOffice maintient également une forte prise en charge de l'ODF comme format natif.

Ce qui semble distinguer Euro-Office, c'est d'avoir fait des formats Microsoft la norme par défaut, reléguant les normes ouvertes au second plan. Pour la communauté LibreOffice, il ne s'agit pas seulement d'un choix technique, mais d'un abandon philosophique. Ces défenseurs affirment qu'une véritable souveraineté numérique passe par la mise en place d'infrastructures reposant sur des normes véritablement ouvertes, échappant au contrôle d'une seule entreprise. Selon eux, le fait d'adopter par défaut les formats Microsoft maintient les organisations européennes dans une situation de dépendance vis-à-vis des décisions de Microsoft en matière de spécifications et des éventuelles modifications de formats.


Le débat en cours à propos d’Euro-Office a une dimension géopolitique qui s’étend au-delà des considérations d’une simple suite bureautique

Euro-Office est bien plus qu'un simple outil de traitement de texte. La suite participe au mouvement pour la « souveraineté numérique » en Europe qui vise à s'affranchir des produits technologiques contrôlés par les États-Unis et la Chine, y compris les services de Microsoft et Google.

L'analyse des dynamiques à l'œuvre révèle une stratégie cohérente. Euro-Office est conçu pour être intégré dans des solutions de productivité numérique existantes (stockage, calendrier, messagerie, visioconférence) sous gouvernance européenne. IONOS est partie prenante du projet EuroStack et de l'initiative GAIA-X ; Nextcloud offre des plateformes de collaboration complètes. L'architecture est modulaire et complémentaire.

Les signaux nationaux vont dans le même sens : le Danemark a annoncé en 2025 un pilote d'alternatives open source pour ses agents publics, l'Estonie a déclaré que la souveraineté numérique est une question de survie nationale et l'Allemagne migre progressivement ses administrations fédérales vers des alternatives ouvertes depuis plusieurs années. D'ailleurs, l'Allemagne interdit les formats Microsoft Office dans les documents administratifs au profit des normes ouvertes ODF et PDF/UA. De plus, France et Allemagne ont dévoilé Docs : l'alternative à Google Docs et Microsoft Office 365 a été lancée en open source dans un souci d'indépendance numérique. Euro-Office offre désormais à ces pays une plateforme unifiée vers laquelle migrer, au lieu que chaque État construise sa propre solution en silo.


Conclusion

Plusieurs inconnues demeurent autour du projet Euro-Office. La première est juridique : le litige avec ONLYOFFICE peut introduire des freins sur le développement et créer une incertitude suffisante pour dissuader les acheteurs publics les plus prudents. La deuxième est technique et tient au débat que les défenseurs de LibreOffice mettent sur la table.

La troisième inconnue est la plus profonde : l'Europe a déjà connu des initiatives de souveraineté numérique qui ont accouché de peu. GAIA-X a déçu une partie des espoirs placés en lui. Les standards ODF n'ont jamais vraiment supplanté les formats Microsoft dans les échanges quotidiens. Euro-Office peut-il éviter le même destin ? La réponse tient en grande partie à la capacité du consortium à maintenir sa cohésion dans la durée, à attirer des contributeurs extérieurs, et à produire une version stable suffisamment convaincante dès cet été pour enclencher un premier cycle d'adoptions publiques significatives.

Source : Office EU

Et vous ?

Faut-il privilégier des parcours de migration fluides pour les organisations actuellement prisonnières des écosystèmes Microsoft, ou adopter une ligne plus ferme en faveur de normes véritablement ouvertes, même si cela entraîne des frictions à court terme ?

Voir aussi :

La version 10.0 du connecteur de la suite bureautique ONLYOFFICE pour Nextcloud est disponible, apportant la conversion en Markdown, la prise en charge du format TSV et la compatibilité avec Nextcloud 33

France et Allemagne dévoilent Docs : l'alternative à Google Docs et Microsoft Office 365 a été lancée en open source dans un souci d'indépendance numérique. Le projet devra convaincre au-delà du symbole

« Le code sous licence AGPL (Affero General Public License) ne doit pas être utilisé chez Google », l'entreprise avertit ses développeurs que l'AGPL comporte plus de risques que d'avantages
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Avatar de Artaeus
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 12/06/2026 à 12:30
Beau message envoyé à l'open-source et aux petits dev : "Pour des considérations politiques, on vole vos projets".
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Avatar de suricata
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 12/06/2026 à 13:05
Je ne peux que saluer la volonté de l'UE de s'affranchir des solutions propriétaires en adoptant un fork d'une solution open source compatible avec la documentation existante. Ce que je regrette par contre, mais c'est excellent pour tout l'écosystème open source, c'est la diversité des solutions adoptées par les différents pays de l'UE et l'UE elle-même. Si tous les acteurs de l'open source vont bénéficier d'un apport à différents niveaux de leur suite office, un choix unique aurait été bénéfique pour unifier la communauté derrière un seul acteur et pousser la concurrence à un autre niveau. Ici nous avons 3 choix : Libre Office, Docs et Only Office. Cela prouve la vitalité du monde de l'open source et la diversité des solutions interopérables avec M$ 365. Mais rien n'empêche une unification à l'avenir derrière une seule solution commune aux pays européens. Avoir 450 millions de consommateurs globalement riches comparativement à la Chine, l'Inde ou la Russie est une force dont il faut profiter comme les USA profitent d'un marché de 350 millions de consommateurs. Il faut en profiter pour différentes raisons : souveraineté d'abord et avant tout pour ne pas être dépendant d'un acteur dont le gouvernement peut à tout moment couper le robinet; être un interlocuteur pesant 450 millions de personnes donne du poids dans les discussions diplomatiques autour des formats de document et donc dans l'adoption de standards alternatifs à celui arraché par un acteur privé au mépris du bien commun; s'unir derrière un projet commun diffusé pour 450 millions de consommateurs donne une force géopolitique face aux impérialismes d'où qu'ils viennent et donc renforce notre position sur l'échiquier mondial.

Sur un autre forum, j'avais lu une lettre ouverte à la ministre du numérique sur l'absence de solutions compatibles avec les formats existants, interopérables, souveraines et simples à mettre en œuvre. Là nous en avons 3 à l'échelle européenne qui remplissent ces conditions. Nous avons le choix des armes et le moins ayatollahs de tous réussira à s'imposer et pourra garantir notre souveraineté et notre indépendance face aux acteurs privés. Pour une fois que de bonnes nouvelles arrivent pour l'open source et l'Europe, ne boudons pas notre plaisir sans entrer dans des querelles de chapelles improductives.
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Avatar de chavez123
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 12/06/2026 à 17:01
LibreOffice fait quand même preuve de mauvaise foi en invoquant encore le fait que le format OOXML d'Office est fermé et contrôlé par Microsoft.
Ce format est publique sous la forme des normes ECMA-376 (depuis 20 ans) et ISO/CEI 29500 (depuis 18 ans).

Qui, aujourd'hui, conteste l'aspect ouvert du format PDF/A car il est issu d'Adobe ?
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