La Commission européenne, l’exécutif de l’Union européenne, utilise Microsoft Teams, comme tout le monde. Mais elle a également déployé ce qu’elle appelle une « solution de secours souveraine », mais les fonctionnaires la qualifient de « vraie merde ». Cette plateforme s’appelle Element Pro, un logiciel de collaboration destiné aux gouvernements et aux entités du secteur public, conçu par une société londonienne du même nom. Un membre du personnel a écrit sur un forum interne de la Commission européenne : « Je ne comprends pas la valeur ajoutée ici », tandis qu’un autre a qualifié Element de « vraie merde ». En janvier 2026, la France a annoncé la généralisation de « Visio », un outil développé par la direction interministérielle du numérique (DINUM), à l'ensemble des services de l'État d'ici 2027. L'objectif : mettre fin à l'utilisation de solutions extra-européennes, garantir la sécurité et la confidentialité des communications électroniques publiques en s'appuyant sur un outil puissant et souverain. Grosso modo, l’heure en Europe est à la réflexion autour des moyens de s’affranchir de la dépendance aux solutions technologiques américaines.
L’État allemand du Schleswig-Holstein a lancé une politique de solutions logicielles libres et non Microsoft dès 2024. Ce Land a d’abord migré vers LibreOffice, puis amorcé une transition complète vers Linux sur 30 000 postes de travail. En juin 2025, l’Etat allemand du Schleswig-Holstein a annoncé l’abandon de Microsoft Teams pour une solution libre. Une municipalité turque avait également délaré avoir fait des économies d'1 million de dollars sur les coûts des licences Windows dans le cadre de sa migration vers Linux.
Cependant, toutes ces initiatives ne sont pas couronnées de succès. Entre hésitations, rétropédalages de Linux à Windows : quelles raisons expliquent les échecs d’abandon des solutions Microsoft pour le libre et l’open source ? Supériorité des solutions Microsoft ? Lobbying pro Microsoft ? Un nouveau rapport révèle des pistes pour la réponse à ces questions. En effet, la Commission européenne, l’exécutif de l’Union européenne, utilise Microsoft Teams, comme tout le monde. Mais elle a également déployé ce qu’elle appelle une « solution de secours souveraine », mais les fonctionnaires la qualifient de « vraie merde ».
Cette plateforme s’appelle Element Pro, un logiciel de collaboration destiné aux gouvernements et aux entités du secteur public, conçu par une société londonienne du même nom. On peut comprendre que la Commission européenne se méfie de s’en remettre entièrement à un logiciel américain à une époque où les relations entre les États-Unis et l’UE sont tendues — la Commission européenne a d’ailleurs accepté, l’année dernière encore, de mettre fin à une vaste enquête antitrust sur les pratiques commerciales de Microsoft Teams en Europe. Pourtant, dans ce qui semble être une concession face à la difficulté évidente de trouver un substitut européen à Teams, la Commission européenne n’a déployé Element qu’à titre de « solution de secours interne ».
Rien n’indique que quiconque ait été contraint d’utiliser cet outil, mais celui-ci est actuellement testé et a reçu des avis très négatifs de la part de certains membres du personnel de la Commission européenne qui l’ont utilisé. Un membre du personnel a écrit sur un forum interne de la Commission européenne : « Je ne comprends pas la valeur ajoutée ici », tandis qu’un autre a qualifié Element de « vraie merde ». Un troisième responsable a déclaré que si l’on en jugeait par Element Pro, les États-Unis « gagneraient instantanément la guerre » si leurs technologies cessaient tout simplement de fonctionner.
Un quatrième responsable a défendu Element sur au moins un point : le fait qu’il fonctionne sur l’infrastructure propre à la Commission européenne. « Ce n’est pas le cas avec Teams, où tout ce dont nous disposons, c’est la garantie que Microsoft ne jettera pas un œil à l’intérieur », a écrit ce responsable.
Do you know how bad a product must be to be called 'absolute shit' compared to Microsoft Teams?
— Matthias Schmidt (@eurofounder) October 1, 2026
Les responsables européens se sont affrontés avec les entreprises technologiques américaines sur des questions de concurrence pendant une grande partie de la dernière décennie. Le traitement abusif infligé à l’Europe en général par le président Donald Trump a conduit à une méfiance croissante et à des informations selon lesquelles les agences de renseignement européennes prendraient leurs distances par rapport à leurs homologues américains ; il n’est donc guère surprenant que les responsables de la Commission européenne s’inquiètent du fait que Microsoft représente ou puisse devenir un risque en matière d’espionnage.
Une note de service de la Commission européenne adressée à son personnel en juillet 2026 indiquait que la Commission européenne prônait la « souveraineté numérique ». En mai 2026, la Commission européenne a notamment présenté un « Tech Sovereignty Package » qui pourrait interdire à AWS, Microsoft Azure et Google Cloud de traiter les données sensibles des administrations publiques. Derrière cette initiative se joue une bataille bien plus large : celle de l'autonomie stratégique de l'Europe dans un monde numérique dominé à 70 % par des acteurs américains, et d'une infrastructure cloud souveraine qui tarde à émerger.
Matthew Hodgson, PDG d’Element, a déclaré : « Il y aura évidemment quelques problèmes de démarrage » et une « dissonance cognitive » liés au changement de logiciel. Il a ajouté que les Nations unies et l’OTAN utilisaient également Element Pro et que « le changement est toujours douloureux, en particulier s’il s’agit de passer d’un programme très utilisé comme Teams ». Il semble avoir raison : il suffit de demander à n’importe quel administrateur informatique ayant tenté de mettre en place une nouveauté, comme l’authentification multifactorielle obligatoire, à quel point il peut être difficile de surmonter la résistance des utilisateurs.
Cette année, la tentative de l'Europe de s'assurer une souveraineté numérique s'est heurté de plein fouet aux différents positionnements idéologiques au sein de la communauté open source. Euro-Office 1.0, une nouvelle alternative en ligne à Microsoft 365 et Google Workspace, est désormais disponible et suscite une vive réaction de la part des partisans de LibreOffice, qui estiment que le fait qu'elle repose sur les formats de documents Microsoft va à l'encontre de l'objectif même du projet. Ce conflit met en évidence une fracture plus profonde au sein du monde open source : les logiciels européens doivent-ils privilégier la compatibilité pratique ou la pureté idéologique ?
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